Bien avant les grands immeubles, le secteur de Hautepierre n’est qu’un morceau de campagne à l’ouest de Strasbourg, rattaché au ban de Cronenbourg. On y trouve des terres agricoles, quelques fermes et un lieu-dit allemand : Hohenstein, littéralement « haute pierre », qui donnera plus tard son nom français au quartier.
Dans les années 1950-1960, Strasbourg étouffe : la population augmente, les besoins en logements explosent, les anciens quartiers ouvriers se densifient. Comme partout en France, l’État pousse alors les grandes villes à construire vite et beaucoup, via un outil juridique nouveau : les Z.U.P. (Zones à Urbaniser en Priorité).
En 1964 et 1967, des arrêtés créent officiellement la Z.U.P. de Hautepierre. Le Conseil municipal choisit en juillet 1965 le nom « Hautepierre », en souvenir du lieu-dit Hohenstein.
L’aménagement est confié à la SERS (Société d’aménagement et d’équipement de la région de Strasbourg), société d’économie mixte qui pilote déjà les grandes opérations urbaines de l’agglomération. L’objectif est double :
résorber la crise du logement,
tester une nouvelle manière de faire de la ville, censée corriger les défauts des grands ensembles construits dans les années 1950.
Les architectes Pierre Vivien et Aymeric Zublena conçoivent un plan directeur très ambitieux : un quartier pensé comme une sorte de grande cité-jardin moderne, avec une forte présence de la nature, des équipements de proximité et une séparation marquée entre voitures et piétons.
Dans les années 1950-1960, Strasbourg étouffe : la population augmente, les besoins en logements explosent, les anciens quartiers ouvriers se densifient. Comme partout en France, l’État pousse alors les grandes villes à construire vite et beaucoup, via un outil juridique nouveau : les Z.U.P. (Zones à Urbaniser en Priorité).
L’originalité de Hautepierre, c’est son dessin en « mailles » : des unités de quartier en forme d’hexagones, comme un nid d’abeilles.
Chaque maille porte un prénom féminin (Agnès, Brigitte, Catherine, Karine, Éléonore, etc.), pour créer une identité familière et presque villageoise.
Au centre de chaque maille, on trouve les équipements de proximité : écoles, gymnase, crèche, espaces verts, parfois une petite place.
Les immeubles sont disposés autour, avec des chemins piétons qui serpentent entre les bâtiments, les parcs, les aires de jeux.
Les voitures circulent en périphérie des mailles, via des voies rapides et des parkings en anneau.
L’idée, résumée par certains urbanistes de l’époque, est de faire de chaque maille un « village » autonome au sein d’un grand ensemble : on vit, on va à l’école, on fait ses courses, on joue, tout en restant dans un périmètre relativement restreint.
Initialement, le projet compte entre 11 et 13 mailles. Mais la première crise pétrolière, au début des années 1970, oblige à réduire la voilure : plusieurs mailles prévues au sud ne seront jamais construites. Le développement de ce secteur sera repris plus tard sous la forme d’une ZAC : le Parc des Poteries.
La construction, au sens large, s’étale jusqu’au milieu des années 1980 selon les études d’urbanisme.
Les logements, majoritairement HLM, accueillent :
des familles de classes populaires strasbourgeoises,
des ménages ouvriers attirés par les loyers abordables,
de nombreux migrants et familles d’origine étrangère venus travailler dans l’industrie et les services.
Les premiers habitants découvrent un quartier neuf, spacieux, verdoyant, avec des appartements souvent plus confortables que les vieux immeubles du centre ou des faubourgs. Les mailles offrent des cours intérieures sécurisées pour les enfants, des terrains de sport, des écoles à distance piétonne.